SCM CAEN - REAL SARAGOSSE (3-2)

Stade de Venoix. Environ 5 000 spectateurs.

Mi-temps : 3-1.

Arbitrage de M. Kurt Röthlisberger (Suisse).

Buts : Stéphane Paille (7′, 37′), Gravelaine (17′) pour Caen ; Sanjuan (30′), Pardeza (75′) pour Saragosse.

SM Caen : Philippe Montanier (g) – Philippe Avenet, Hubert Fournier, Christophe Point, Yvan Lebourgois (cap, Joël Germain) – Hippolyte Dangbeto (Faouzi Rouissi, 76′), Benoît Cauet, Willy Görter, Gaby Calderon – Stéphane Paille, Xavier Gravelaine. Entraîneur : Daniel Jeandupeux.

Real Saragosse : Cedrùn (g) – Solana (Lopez, 54′), Julia, Aguado, Brehme – Gay, Franco, Sanjuan, Mateut – Pardeza, Pena (Garcia, 76′). Entraîneur : Victor Fernandez

DIFFICILE DE JOUER A 11 CONTRE 12 !

« Ah, j’ai rarement vu un trio de nullos pareil… Faudrait les empailler ceux-là. » 

Le 1er octobre 1992, l’arbitrage n’a pas l’air de plaire à Thierry Roland, qui lâche alors l’une de ses plus fameuses saillies au micro de TF1.

Pour tout dire, la moitié de Jean-Michel Larqué ne fait alors que traduire ce que n’importe quel Français ressent devant son téléviseur. Le Stade Malherbe de Caen est en train de perdre 2-0 à la Romareda, à Saragosse.

À la 24e minute, c’est l’Uruguayen Gustavo Poyet qui permet à Saragosse de se mettre sur de bons rails. 

Globalement dominés, les Caennais lâchent le match et concèdent le but du break peu après l’heure de jeu. Andreas Brehme, champion du monde avec l’Allemagne deux ans plus tôt, enfonce le clou. Le Stade Malherbe est éliminé dès les 32es de finale. 

Pourtant, malgré leur statut de Petit Poucet de la compétition, les Caennais n’ont pas démérité, et peuvent avoir mille regrets.

LE DUO PAILLE-GRAVELAINES MET LE FEU A DE VENOIX...

« C’était notre premier match de Coupe d’Europe. On était dans l’inconnu et pas certain de pouvoir faire bonne figure » , se souvient Stéphane Dedebant.

Pourtant, au match aller, les Caennais sont euphoriques au stade de Venoix, notamment Xavier Gravelaine, en feu.

« C’est le match qui a lancé ma carrière médiatiquement. Surtout qu’un mois après, j’étais appelé en équipe de France. C’est sûrement un de mes trois meilleurs souvenirs de mes dix-sept ans de carrière » , expliquait Xavier Gravelaine dans les colonnes de Ouest France.

D’ailleurs, dès la sixième minute, c’est lui qui glisse le ballon à Stéphane Paille, son compère de l’attaque, qui n’a plus qu’à la pousser au fond. Dix minutes plus tard, Gravelaine double la marque d’un enchaînement bergkampesque. Ultra dominés, les Espagnols parviennent à réduire le score par l’intermédiaire de Sanjuan.

Pas grave, le duo Gravelaine-Paille frappe une troisième fois. Le premier centre pour le second qui lâche une reprise de volée dans le petit filet.

À la mi-temps, les Normands sont séduisants, invincibles, et surtout, ils mettent leurs opportunités au fond.

PLUS BEAU MATCH DE L'ANNEE POUR FRANCE FOOTBALL

Malheureusement, la deuxième période sera tout autre.

Les occasions sont toujours là, mais Gravelaine ne les convertit plus. « C’était frustrant. Xavier et Stéphane ont fait un gros match, mais ils auraient pu marquer encore plus. On fait preuve d’un manque de réalisme, ou de réussite, appelez-ça comme vous voulez. Les regrets, je les ai surtout sur le premier match où on doit les tuer » , regrette encore Stéphane Dedebant.

Par deux fois, Gravelaine se débarrasse de deux défenseurs espagnols, mais pèche dans la finition, notamment ce lob, qui frôle la barre transversale à la 63e minute. Vingt minutes plus tard, Saragosse réduit la marque avec beaucoup de réussite.

Au départ de l’action, Philippe Montanier est victime d’une faute flagrante. Ce n’est que le début des ennuis.

 

Mythique, Caen-Saragosse sera élu match de l’année 1992, juste devant une autre rencontre de Caen diffusée sur TF1 : une victoire 5-4 devant Lens en Coupe de France

 

 

INTERVIEW DE XAVIER GRAVELAINE (2017)

Que représente dans votre carrière cette double confrontation entre le Stade Malherbe et Saragosse ?

“Le match aller reste le meilleur souvenir de ma carrière de joueur. A partir de là, une nouvelle carrière a débuté pour moi tant sur le plan sportif que médiatique. Un mois plus tard, j’ai été appelé pour la première fois en équipe de France (contre l’Autriche). 

D’ailleurs, j’ai appris ma sélection le jour de mon anniversaire (le 5 octobre). J’ai basculé vers le très haut niveau. Mais au-delà de ma performance personnelle, c’est toute l’équipe qui s’était transcendée. Saragosse fut un match référence. C’était une reconnaissance de notre saison exceptionnelle”.

“POUR GUY CHAMBILY, LES ESPAGNOLS NOUS AVAIENT PRIS POUR DES JAMBONS”

Avec quel état d’esprit votre équipe avait-elle abordé ce match aller à domicile ?

“Je me rappellerai toujours de l’arrivée de Guy Chambily (le président du SMC en 1992) à la collation et de sa réflexion : “les Espagnols nous ont pris pour des jambons”. Ils pensaient que Venoix était notre terrain d’entraînement ! Il était fou furieux. La journée avait été très longue. On n’avait qu’une seule envie, c’était d’en découdre. On formait une équipe de déconneurs, mais ce jour-là, on a senti l’importance de ce rendez-vous. 

Depuis le tirage au sort, tout le monde ne parlait que de ça. On était très excité. Dès l’échauffement, on était gonflé à bloc. Et dès la première minute, on a réussi à transférer cette énergie sur le terrain. On n’a pas été du tout inhibé. Même à la pause, on n’est resté assis que quatre-cinq minutes. On voulait que la mi-temps soit raccourcie pour y retourner”.

Décrivez-nous l’atmosphère qui régnait à Venoix ?

“On a vécu un moment magique pendant 1 h 30. Même si la capacité de Venoix avait été réduite à cause des normes UEFA, il y avait une connexion avec les supporters. 

On connaissait l’importance de ce match ; le premier en Coupe d’Europe pour le club, la ville, la région… Sur le terrain, on a senti tout un peuple derrière nous. Avec les tôles, ça faisait un bruit… Un truc de malade. 

Pour ceux qui ont eu la chance d’y assister que ce soit au stade ou devant leur TV, c’est ancré à vie. Depuis que je suis revenu à Malherbe, je rencontre des pères de famille qui racontent ce match à leur fils. C’est pour revivre de telles émotions que je caresse l’espoir de rejouer une Coupe d’Europe un jour avec le Stade Malherbe”.

Malgré les nombreuses erreurs d’arbitrage dont vous avez été victime lors de cette double confrontation, est-ce que vous n’avez pas laissé échapper la qualification durant ce match aller où vous auriez pu vous imposer plus largement ?

“Ce match, on ne doit jamais le gagner 3-2, mais 4-1 ou 5-1. Maintenant, il ne faut pas se tromper, on avait réalisé une très grosse performance. On avait montré qu’on savait jouer au foot. On avait tout tenté, à 100 à l’heure. On s’était arraché. 

En face, il y avait quand même l’une six meilleures équipes espagnoles de l’époque avec des joueurs comme Andreas Brehme (unique buteur sur penalty de la finale de la Coupe du Monde 1990 entre l’Allemagne et l’Argentine), Gustavo Poyet (international uruguayen), Miguel Pardeza (international espagnol formé au Real Madrid)… On les avait secoués comme jamais. A la mi-temps, ils étaient un peu perturbés. Mais au retour des vestiaires, leur visage avait changé”.

 

Un mot justement sur votre compère de l’attaque de l’époque : Stéphane Paille qui nous a malheureusement quittés il y a deux mois…

“Avec Steph, j’ai certainement eu une des meilleures ententes de ma carrière. On a joué une saison ensemble en attaque (en 1992-1993). On avait une complicité dans le jeu assez exceptionnelle. Steph, c’était le premier international français à venir jouer chez nous. C’était une star. Rien que par son aura, il a apporté un plus à l’équipe. A l’époque, il avait besoin de se relancer. Et à Caen, il avait trouvé une famille. Il s’est tout de suite senti bien. Il a retrouvé les mêmes valeurs qu’il avait connues à Sochaux, son club formateur. C’est quelqu’un qui aimait rigoler. Il faisait un paquet de conneries”.

“AVEC STEPH, ON AVAIT UNE COMPLICITÉ EXCEPTIONNELLE DANS LE JEU”

Justement, avez-vous une anecdote à partager sur Stéphane Paille…

“Elles ne sont pas déclarables (rires). Mais à l’époque, en sortant du vestiaire, on avait une p’tite baraque qui nous servait de club house. Au bout de deux mois et demi, c’était devenu le patron. Steph, c’était un gars qui mettait l’ambiance avec parfois quelques excès. Il nous a aussi apporté ça. Au départ, on était deux-trois. A la fin, toute l’équipe s’y retrouvait. On restait des heures. On mangeait là-bas, on buvait une bière. Il fallait nous chasser pour qu’on parte. On était tellement bien ensemble. Ça nous a permis de créer une osmose. On était tous solidaires. Quand un joueur faisait une connerie extra-sportive, on le protégeait”.

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